Une trace

Je l’ai vu fin juin. Il était tombé du nid. Sans plumes, tout nu, fragile et bien sûr mort. Sur le goudron, au pieds d’un mur. Souvent je passais par là et je regardais s’il était toujours là. Je le voyais, je le saluais et j’emportais son image dans mon cœur. Il était sur le goudron, toujours aussi nu et fragile, mais bien là, immobile. Je remarquais que son corps se défaisait peu à peu et qu’il ne resterait bientôt plus que les os et quelques tendons.

A la mi-août, à mon retour des vacances, il était toujours là. Enfin, une forme ou un dessin de ses membres sur le goudron et les ailes. Malgré l’été pourri et les nombreuses averses violentes, il était là ce qui m’a rempli d’une grande émotion.

A travers ces semaines d’été il était devenu pour moi comme un mémorial de la vie qui va et qui vient et de la valeur de cette vie même chez les plus petites créatures.

Et j’ai pensé aux traces que laissent nos défunts, aux photos et aux objets que nous gardons, aux souvenirs dans notre mémoire et aux émotions dans notre cœur.

Ceux qui meurent sans avoir vécu ou presque, ceux qui disparaissent dans l’anonymat et dans la mer, tous laissent des remous, des images, des émotions. Nous ne pouvons pas les effacer de nos souvenirs.

Les défunts participent à la vie, à sa fragilité et à sa dignité. Ils sont des créatures divines. Dieu les englobe dans son amour, il prend soin de chacun, même des plus petits.

 

15.8.2021